Traumatisme et terreurs nocturnes

Pourquoi le traumatisme perturbe-t-il le sommeil ? Le rôle de l'amygdale et de l'hippocampe, et des exercices d'ancrage pour apaiser le corps la nuit.

Le sommeil est l’un des processus biologiques essentiels à la récupération physique et émotionnelle. Pourtant, chez les personnes qui ont vécu un traumatisme, ce mécanisme peut être profondément perturbé. Terreurs nocturnes, cauchemars récurrents et réveils brusques ne sont pas des épisodes isolés, mais les manifestations d’un système neurobiologique qui continue de traiter des informations très chargées, même pendant le repos.
Ces perturbations sont étroitement liées au fonctionnement de deux structures cérébrales clés dans la régulation émotionnelle et la consolidation de la mémoire : l’amygdale et l’hippocampe. Comprendre comment elles interagissent pendant le sommeil et de quelle manière le traumatisme modifie leurs schémas d’activité permet d’expliquer pourquoi la nuit peut devenir un moment de vulnérabilité pour tant de personnes.

1. QUELQUES NOTIONS DE BASE (PSYCHOÉDUCATION)
Pour comprendre le traumatisme et son lien avec les troubles de l’éveil et du sommeil, il faut comprendre la relation entre l’hippocampe, l’amygdale et l’expérience traumatique.

1. L’hippocampe : la « bibliothèque » de la mémoire
L’hippocampe est une partie du cerveau chargée, entre autres, de stocker les souvenirs et de les situer dans le temps et l’espace.
Imaginez-le comme le bibliothécaire qui range les souvenirs : ce qui s’est passé, quand et où.
Lorsqu’une personne vit une expérience ordinaire, l’hippocampe recueille cette information, la traite et la range de façon ordonnée.
Mais si l’expérience est très intense ou traumatique, l’hippocampe peut être « débordé » par le niveau de stress et ne parvient pas à enregistrer correctement le souvenir. C’est pourquoi les souvenirs traumatiques restent souvent fragmentés ou très vifs, comme s’ils n’appartenaient pas au passé mais se reproduisaient à nouveau.

2. L’amygdale : l’« alarme » émotionnelle
L’amygdale est la partie du cerveau qui fonctionne comme une alarme chargée de détecter le danger.
Son rôle est de déclencher les réponses émotionnelles et physiologiques adaptées face aux menaces : accélérer le cœur, libérer de l’adrénaline, préparer le corps à fuir ou à combattre, etc.
Dans les situations traumatiques, l’amygdale devient hyperactive et reste « entraînée » à réagir à tout ce qui rappelle l’expérience traumatique, même lorsqu’il n’y a plus de danger réel, mais seulement un souvenir. Autrement dit, avec le traumatisme, l’alarme reste allumée en permanence.

3. Quand l’alarme et la mémoire ne sont plus synchronisées
Lors d’un traumatisme, le cerveau connaît un déséquilibre entre l’amygdale et l’hippocampe :
• L’amygdale enregistre l’émotion intense (peur, terreur, impuissance).
• L’hippocampe ne parvient pas à bien archiver le souvenir.

Résultat : le souvenir traumatique n’est pas vécu comme quelque chose de passé, mais revécu au présent (c’est pourquoi, dans le TSPT, le trouble de stress post-traumatique, la personne vit des flashbacks, des cauchemars ou des réactions disproportionnées).

2. QUE SE PASSE-T-IL PENDANT UNE CRISE ?
Le cerveau fonctionne à différents « niveaux » :

  1. Cerveau rationnel (néocortex) → Il prend des décisions, analyse, planifie.

  2. Cerveau émotionnel (système limbique) → Il gère les émotions et les souvenirs (amygdale, hippocampe…).

  3. Lorsque le cerveau perçoit une menace intense ou prolongée :

    1. L’amygdale (l’alarme émotionnelle) prend le contrôle.

    2. L’hippocampe se « bloque » (il ne peut pas mettre de l’ordre dans l’expérience).

    3. Et le cortex préfrontal, la partie rationnelle, se déconnecte temporairement.

  4. Cerveau instinctif (tronc cérébral) → Il assure la survie, c’est-à-dire la respiration, les réflexes et les mécanismes de fuite ou de lutte.

En temps normal, ces niveaux travaillent de façon coordonnée : vous ressentez une émotion, vous la reconnaissez et vous décidez comment agir. Lorsque le système limbique est activé, la personne perd ces capacités et peut se sentir confuse, désorientée, voire irréelle.

Quand le système d’urgence ne se repose jamais
Dans le traumatisme, surtout si l’expérience en cause a été intense ou répétée, ce système d’alarme reste activé même une fois le danger passé.
C’est alors que peuvent apparaître des symptômes tels que :

  1. Flashbacks ou souvenirs intrusifs : l’amygdale s’active comme si le danger existait encore.

  2. Dépersonnalisation ou confusion : l’hippocampe ne parvient pas à situer le souvenir dans le passé.

  3. Réactions émotionnelles intenses sans cause apparente : le cortex rationnel essaie de comprendre quelque chose qu’il ne peut pas contrôler.

Tout cela crée une dissociation entre la pensée et l’émotion.
« Je sais que je suis en sécurité, mais mon corps réagit comme si ce n’était pas le cas. »

6. QUE FAIRE PENDANT LA CRISE ?
Il est d’abord important de pouvoir réguler le corps (faire baisser l’alarme – amygdale). Ensuite, nous pourrons mettre de l’ordre dans nos pensées et les ramener vers le moment présent (distinguer ce qui relève du souvenir de ce qui relève du présent – hippocampe).

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Psychologue clinicienne et cofondatrice d’Umera. Spécialisée dans le trauma complexe, les relations d’attachement et la thérapie des schémas.

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